Trump et la FED : précieuse indépendance des Banques Centrales (L’Opinion)

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Donald Trump a décidément un talent inégalé pour remettre en cause les institutions économiques qui permettent à notre monde turbulent de connaître un peu de stabilité : après avoir enterré le multilatéralisme de l’OMC, le voilà qui s’attaque désormais à la Réserve fédérale américaine, reprochant à son président sa trop grande indépendance.

L’indépendance de la Fed, tout comme celle de la BCE, n’a rien d’anecdotique : elle est au fondement même de la stabilité des prix que connaissent les pays développés depuis près de quarante ans. Elle prend appui sur des principes économiques bien établis.

Premier principe : il existe une relation stable entre croissance de la masse monétaire et taux d’inflation ; une progression trop rapide de la masse monétaire, c’est-à-dire supérieure à la croissance économique anticipée, conduira tout ou tard à un dérapage des prix. Second principe : au-delà d’un taux d’inflation raisonnable – généralement fixé autour de 2 % – une inflation trop forte est néfaste pour l’économie, en faussant les décisions d’investissement et d’épargne. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder ce qui se passe dans des pays en proie à l’hyperinflation, comme le Venezuela : toute prévision économique y est devenue littéralement impossible.

Troisième principe : la politique monétaire peut certes stimuler à court terme l’activité, mais cet effet ne dure jamais très longtemps. A la fin, il reste surtout de l’inflation. Dernier principe : les hommes politiques ont une préférence pour les décisions qui donnent des résultats à court terme, même si elles produisent des effets indésirables à long terme. En matière de politique monétaire, cela signifie qu’ils ont la tentation de doper l’économie en maintenant des taux d’intérêt faibles, quitte à alimenter demain un regain d’inflation. Le temps politique n’est pas celui de la politique monétaire, qui vise le long terme. Voilà tout l’enjeu de la bataille médiatique actuelle entre Donald Trump et Jerome Powell.

 Pour éviter que les décideurs politiques ne jouent avec la politique monétaire, il faut donc couper le cordon entre eux et le banquier central : c’est le principe même de l’indépendance des banques centrales. Comment faire ? Tout d’abord, le banquier central doit être inamovible et nommé pour une période assez longue, qui ne corresponde pas aux échéances électorales, avec un mandat non renouvelable. De plus, sa conduite doit obéir à une ligne pré-établie : en Europe, son principal objectif, en dehors des périodes de crise financière, est d’atteindre une cible d’inflation inférieure à 2 %. Aux Etats-Unis, la cible est certes plus large (stabilité des prix et recherche du plein-emploi) mais elle n’en reste pas moins circonscrite.

La crédibilité du banquier central provient du fait qu’il ne peut faire autre chose que ce pour quoi il a été nommé : il a les mains liées par son mandat. Enfin et surtout, il doit justifier ses décisions auprès des acteurs économiques – en expliquant par exemple pourquoi il baisse ou relève les taux d’intérêt. Bref, un banquier central indépendant doit toujours dire ce qu’il fait et faire ce qu’il dit. C’est un peu l’inverse… de nos décideurs politiques. Et c’est pour cela que ça marche.

Emmanuel Combe est professeur des universités, professeur affilié à Skema business school.

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