Protectionnisme : consommateurs de tous les pays, unissez-vous !

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Mauvaise nouvelle pour les bûcherons canadiens : début novembre, après d’infructueuses négociations, les Etats-Unis leur ont finalement imposé un droit de douane de 20 %, au motif qu’ils seraient subventionnés par leur gouvernement. Dans le (long) conflit qui oppose les deux pays sur le « bois d’œuvre », c’est à nouveau le protectionnisme qui l’a emporté. Mais pourquoi la tentation protectionniste est-elle si souvent privilégiée, alors même qu’elle se révèle en pratique si peu efficace ?

Rappelons d’emblée que toute mesure protectionniste fait des gagnants et des perdants dans le pays protégé. Dans le cas du bois, ce sont les producteurs américains qui gagnent, puisqu’ils sont désormais protégés de la concurrence canadienne à hauteur de 20 % et peuvent donc augmenter leurs prix. Une étude sur les précédentes mesures protectionnistes sur le bois parvient à un gain pour les producteurs américains de 4,6 milliards de dollars, au cours de la période 2006-2015.

De leur côté, les consommateurs américains ont payé une addition salée : certains d’entre eux ont accepté de s’acquitter d’un surprix équivalent aux 4,6 milliards, tandis que d’autres ont renoncé à consommer, causant un manque à gagner pour la société de 1,7 milliard de dollars. Les gains des producteurs américains de bois n’ont donc pas compensé les pertes globales pour les consommateurs : le protectionnisme se révèle être un bien mauvais calcul économique. On ne peut même pas s’abriter derrière l’argument des emplois sauvés : une étude sur 20 industries américaines protégées parvient à un coût par emploi sauvé de l’ordre de 230 000 dollars par an, soit la bagatelle de 19 000 dollars par mois ! Question efficacité, on a vu mieux.

Décision peu efficace. Mais alors comment expliquer qu’une décision de politique économique si peu efficace puisse être choisie ? Vilfredo Pareto apportait une réponse convaincante dès 1909 dans son Manuel d’économie politique : « Une mesure protectionniste procure de gros bénéfices à un petit nombre et cause à un très grand nombre de consommateurs un léger dommage ». Dit en d’autres termes, les producteurs, peu nombreux, ont un intérêt fort à se mobiliser auprès des décideurs politiques, qui montreront une oreille attentive à leur demande, notamment pour gagner un soutien électoral auprès des salariés du secteur.

A l’inverse, les consommateurs, trop nombreux et éparpillés, vont rester « inertes » et ne pas se mobiliser. On retrouve ici le célèbre « paradoxe de l’action collective » de Mancur Olson : plus un groupe est nombreux, moins il est capable de s’organiser pour faire entendre sa voix. A-t-on d’ailleurs jamais vu une pétition de consommateurs dénonçant les coûts du protectionnisme ? Les décideurs politiques n’ont aucune incitation à défendre leur cause, le protectionnisme n’étant pas un véritable enjeu électoral, dans la mesure où les consommateurs – qui sont aussi des électeurs — sont peu conscients des pertes qu’ils subissent. Pour que les consommateurs puissent faire entendre demain leur voix dans les débats publics sur le protectionnisme, il faudrait déjà commencer par leur permettre d’accéder à une véritable culture économique. La prise de conscience de ses intérêts reste toujours le préalable à toute action collective.

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