Monsieur Robot (L’Opinion)

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Taxer les robots : voilà l’idée saugrenue d’un candidat à la primaire socialiste. Une idée qui prend appui sur un raisonnement assez simple : puisque les robots remplacent les hommes, limitons l’invasion des robots et nous sauvegarderons ainsi des emplois industriels. Il suffisait d’y penser !

Rappelons tout d’abord que la robotisation – définie comme le recours à une machine qui manipule et assemble des pièces selon un programme prédéfini et automatisé — présente une caractéristique bien connue en économie : elle engendre des gains de productivité. Selon une récente étude du BCG, ces gains d’efficacité pourraient atteindre jusqu’à 30 % à l’horizon de 2025, dans un contexte de diffusion massive des robots – suite à la baisse drastique de leur coût d’usage – et au-delà des seules grandes entreprises. Bref, il faut s’attendre demain à un « choc de productivité » de grande ampleur.

La question est alors de savoir si cette « invasion des robots » est une mauvaise nouvelle pour l’emploi. Dans les secteurs affectés directement par la robotisation, la réponse est assez claire : à court terme, les destructions d’emplois seront massives. Selon une étude de Roland Berger, dans le seul secteur de la logistique, ce sont pas moins de 1,5 million d’emplois directs qui pourraient être menacés en Zone euro d’ici dix ans. Mais si l’on tient compte de tous les effets indirects, le tableau apparaît plus optimiste.

Eco-système de la robotisation. Tout d’abord, avant d’utiliser les robots à grande échelle, il va falloir les concevoir, les fabriquer, sans même parler de les entretenir : des emplois – sans doute plus qualifiés — seront créés dans l’éco-système de la robotisation. Ensuite, les robots ne fonctionnent pas tout seuls au sein d’une chaîne de production : la présence de travailleurs qualifiés, capables de les programmer, de les contrôler sera incontournable. Enfin, les robots, en réduisant drastiquement les coûts de production vont faire baisser les prix, ce qui va stimuler la demande dans le secteur concerné ou entraîner des gains de pouvoir d’achat qui seront transférés vers d’autres activités. Les emplois détruits ici par les robots seront transférés ailleurs.

Au-delà de ces effets indirects, l’opportunité de robotiser notre économie doit être pensée dans un monde ouvert, où la France est en compétition avec d’autres pays : si nos concurrents étrangers font le pari de la robotisation, faire le choix du statu quo, c’est prendre le risque de reculer. La robotisation permet en effet de gagner des parts de marché à l’export – ou de ne pas en perdre — en misant sur la compétitivité prix, baisse des coûts oblige. Elle permet aussi, d’améliorer la qualité et la fiabilité de la production, en limitant le risque d’erreur : elle peut ainsi participer à une stratégie de montée en gamme et de compétitivité hors prix. On peut d’ailleurs noter que des pays comme l’Allemagne ou la Corée du Sud, où les taux de robotisation sont parmi les plus élevés au monde, affichent des performances envieuses en termes d’exportation, de qualité et… de taux de chômage.

Le débat sur la robotisation, s’il est légitime, ne doit pas nous conduire à privilégier des solutions trop simples – pour ne pas dire simplistes — mais à affronter le réel tel qu’il est : puisque la robotisation est un processus inéluctable, le véritable enjeu est d’accompagner la requalification des salariés et les transitions vers de nouveaux emplois. On ne stoppe pas les révolutions, même robotiques ; on les prépare et on les accompagne.

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