Le sens des réformes économiques (L’Opinion)

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Au-delà de son équation personnelle, Emmanuel Macron a été élu sur une promesse de réformes économiques. Les beaux esprits s’en offusqueront et diront que l’on ne forge pas une société avec un «nouveau modèle de croissance» – pour reprendre les termes mêmes de son programme — mais avec des valeurs, des rêves et une fierté communes.

Si l’économie n’est pas l’horizon indépassable de toute société, elle n’en constitue pas moins son socle : difficile pour un individu de jouir pleinement de sa liberté, lorsque sa préoccupation première est de trouver un job. L’économie ne fait pas rêver les foules mais elle a au moins le mérite de remplir les frigos. Pour ceux qui en douteraient, le drame vénézuélien nous le rappelle chaque jour de manière caricaturale : les discours révolutionnaires d’un Chavez ou d’un Maduro ont seulement réussi à ruiner un pays pourtant riche en ressources naturelles, au point de vider tous les rayons des magasins. A force de mépriser la réalité économique, on finit à la fin par en payer le prix fort.

Certes, la situation économique de la France n’est en rien comparable à celle du Venezuela. Pour autant, force est de constater que depuis trente ans, les questions économiques ont trop souvent été reléguées au second plan, sacrifiées sur l’autel non de la révolution mais du… conservatisme. Nos décideurs – de gauche comme de droite — n’ont eu de cesse de différer les réformes structurelles pour maintenir sous perfusion notre « modèle social ». Un modèle qui n’a jamais permis de faire baisser le chômage en dessous de 7,5 %, pendant que l’Allemagne et les pays nordiques affichaient des performances autrement plus convaincantes. A défaut d’une refonte de notre marché du travail, nous nous sommes contentés de rustines, à l’image des «contrats aidés».

Le projet d’un système universel de retraite n’a pas pour seul but de réaliser des économies de coût : il permet aussi de faire vivre concrètement le principe d’égalité

Intendance. A vrai dire, si les questions économiques n’ont jamais été au cœur des priorités de nos décideurs politiques, c’est sans doute parce que leur appétence pour ces sujets reste assez limitée : l’économie relève bien souvent à leurs yeux de l’intendance ; parler de pouvoir d’achat sera toujours moins chic que de disserter sur le « vivre ensemble ». De ce point de vue, l’élection d’Emmanuel Macron pourrait marquer une vraie rupture, en remettant les questions économiques au centre du débat politique.

Faut-il pour autant taxer un tel projet d’«économisme» et y voir une forme de minimalisme politique ? Rien n’est moins sûr. Par exemple, mettre l’accent sur la formation des non qualifiés ne vise pas seulement à remédier au déficit de productivité dont souffre notre pays ; c’est aussi donner à chaque individu l’espoir d’une insertion durable et autonome dans la société, par le biais de son travail.

De même, le projet d’un système universel de retraite n’a pas pour seul but de réaliser des économies de coût : il permet aussi de faire vivre concrètement le principe d’égalité, puisque chaque euro versé en cotisation ouvrira droit aux mêmes droits, quelle que soit la situation de la personne. On pourrait en dire tout autant de la création d’un « filet de sécurité » pour tous, en matière d’indemnisation du chômage. Bref, les réformes économiques ne relèvent pas toujours de la technique ; elles peuvent être aussi porteuses de sens et de valeurs communes fortes. Faire des réformes économiques, c’est en réalité faire la révolution… du quotidien.

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