Le protectionnisme des Etats-Unis ne sauvera pas leurs emplois (L’Opinion)

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A l’heure où Donald Trump vient d’imposer des taxes sur l’acier et l’aluminium européens, il n’est pas inutile de revenir sur le slogan phare du président : « Buy American, hire American ». Toute son argumentation protectionniste est en effet fondée sur la défense de l’emploi, mis à mal par la croissance des importations. L’argument, de prime abord séduisant, est économiquement faux.

En premier lieu, la vraie question n’est pas de savoir si le protectionnisme sauvera des emplois mais à quel coût il les sauvera, des millions d’entreprises et de consommateurs américains payant demain plus cher les produits protégés. Les expériences passées sont sans appel : un emploi sauvé par le protectionnisme coûterait en moyenne 230 000 dollars par an, soit 19 000 dollars par mois. Il y a à l’évidence d’autres moyens, moins dispendieux, de préserver les emplois sur le sol américain.

En second lieu, Trump oublie de dire que les emplois sauvés ne le seront qu’à titre temporaire : le protectionnisme ne s’attaque pas aux causes profondes du déclin industriel – à savoir l’insuffisante montée en gamme face aux pays émergents — et n’incite pas les entreprises protégées à devenir plus efficace, précisément parce qu’elles sont désormais à l’abri de la concurrence internationale. En l’absence d’une politique de compétitivité hors prix, la protection ne fait que décaler dans le temps les destructions d’emplois. Il suffit de regarder ce qui s’est passé dans le secteur du textile-vêtement : le protectionnisme des pays riches vis-à-vis des pays pauvres durant les années 1980-1990 n’a pas empêché la disparition progressive de la production d’entrée de gamme aux Etats-Unis comme en Europe.

En dernier lieu, Trump oublie de dire que les emplois sauvés dans les secteurs protégés seront compensés par des emplois détruits ailleurs. Lorsque les Etats-Unis se protègent dans la sidérurgie, les pays ciblés ripostent en taxant les exportations américaines de soja ou de voitures, réduisant ainsi les débouchés à l’export et les créations d’emplois qui en découlent. De même, le protectionnisme renchérit les coûts de production des industries situées en aval : lorsque l’on taxe les importations de produits sidérurgiques, c’est toute l’industrie automobile qui souffre et voit sa compétitivité dégradée. Si l’on fait le bilan global des emplois sauvés et détruits, le résultat n’est guère flatteur : les taxes imposées par George Bush sur l’acier en 2002 ont sauvé 3 500 emplois dans la sidérurgie américaine mais ont détruit entre 12 000 et 43 000 emplois en aval.

Bref, le bilan concret du protectionnisme sur l’emploi risque d’être bien éloigné des promesses clamées haut et fort par Trump. Sans compter qu’il pénalise les ménages américains les plus pauvres, qui consomment davantage de biens importés à bas prix.

Si le discours protectionniste prospère tant dans les débats publics, c’est parce qu’il prend appui sur une alliance aussi improbable que puissante entre populistes, salariés et… lobbies privés. N’oublions pas que les grands gagnants du protectionnisme, ce sont d’abord les entreprises protégées : la Bourse ne s’y trompe pas et salue l’instauration de droits de douane par une hausse des actions des heureux bénéficiaires. Le protectionnisme, c’est l’art de défendre ses intérêts particuliers, sous couvert d’intérêt général.

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