La Chine prend son envol (L’Opinion)

0

A l’occasion du premier vol de l’avion de ligne C919, la Chine vient d’entrer dans le club très fermé des constructeurs aéronautiques, dominé depuis 40 ans par Airbus et Boeing. Si le chemin à parcourir avant de livrer les premiers appareils est encore long – le C919 ne devrait pas entrer en service avant 2020 – ce vol d’essai n’en reste pas moins un symbole fort.

Un symbole du rattrapage technologique opéré par la Chine depuis quinze ans. Tous les indicateurs le montrent. En termes d’effort d’innovation, la Chine investit aujourd’hui 2% de son PIB en R&D… non loin de la moyenne des pays de l’OCDE (2,4%). Si l’on raisonne en valeur absolue, la Chine consacre chaque année 400 milliards de dollars à la recherche, soit le second budget après celui des Etats-Unis. Si l’on se tourne à présent du côté des brevets, les résultats sont tout aussi éloquents : la Chine est devenue en 2015 le premier pays au monde par le nombre de demandes de brevets sur son territoire, émanant pour l’essentiel de résidents chinois. Lorsque l’on ramène le nombre de brevets au PIB, la Chine occupe désormais la troisième place, derrière la Corée du Sud, le Japon, et… devant l’Allemagne.

Au-delà de la seule technologie, la Chine développe un véritable éco-système innovant, en misant sur la montée en gamme de sa production industrielle et en investissant massivement dans l’éducation et le capital humain. Le « Global Innovation Index » de l’INSEAD, indicateur composite qui mesure la capacité globale d’un pays à innover, vient ainsi de faire entrer la Chine dans le top 25, sur un échantillon de 128 pays. On assiste ainsi à une vraie explosion de la robotique industrielle en Chine, signe d’une volonté de modernisation de l’appareil productif : en 2015, sur 254 000 nouveaux robots installés dans le monde, près d’un tiers l’ont été en Chine.

Bref, la Chine n’est plus seulement « l’usine tournevis du monde » ; elle est en passe de devenir un géant technologique et industriel. Pour ce faire, elle peut compter sur la taille de son marché intérieur, afin d’éprouver ses nouveaux produits. Mais la seconde étape du rattrapage ne fait aucun doute : après le marché intérieur, la Chine partira à l’assaut du vaste monde. Lorsqu’un pays devient plus riche en technologie et en capital humain, il finit toujours par monter en gamme ses exportations.

Que faire face à cet inéluctable rattrapage chinois ? Tout, sauf se protéger ! Continuons tout d’abord à investir massivement en R&D et en capital humain pour garder un coup d’avance. Au risque sinon de reculer. Positionnons-nous comme des partenaires incontournables auprès des producteurs chinois, en leur vendant des composants à forte valeur ajoutée : ainsi, le C919 utilisera demain les pneumatiques de Michelin, tandis que Zodiac fournira les sièges et Safran les réacteurs. Mais surtout, misons plus que jamais sur nos points forts à l’exportation, sur ces pépites que le monde entier nous envie : notre aéronautique, nos produits du terroir, notre créativité, notre «French touch». Par exemple, il sera plus difficile demain pour la Chine de devenir un géant du luxe qu’un géant technologique : l’histoire et le rêve sont plus difficiles à rattraper. Signe encourageant : pour la première fois depuis la création du CAC 40, LVMH est devenu la première capitalisation boursière française. Grâce notamment à ses bonnes performances … dans les pays émergents.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here