Le Graal du pouvoir d’achat (L’Opinion)

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Le sujet du « pouvoir d’achat », largement éclipsé à la suite de la crise de 2008, marque aujourd’hui son grand retour dans les priorités des Français, si l’on en croit un récent sondage Kantar. Nul doute que nos décideurs politiques, de droite comme de gauche, vont s’en emparer. C’est d’ailleurs chose faite, avec la récente polémique autour de la « fiche de paie simplifiée» : alors que la majorité insiste sur le gain de salaire qui résultera de l’allégement des cotisations sociales, le patron des Républicains riposte en invoquant les effets négatifs de la hausse de la CSG sur le pouvoir d’achat du « couple de retraité à 2000 euros ». Autant dire que les débats politiques risquent de passer à côté des vrais sujets.

Le « pouvoir d’achat » est une notion économique qui, sous son apparente simplicité, réserve quelques surprises. Rappelons d’emblée que le pouvoir d’achat désigne non pas ce que l’on gagne – la « fiche de paie » – mais ce que l’on peut acheter avec ce que l’on gagne : il dépend donc du niveau général des prix. Dit en d’autres termes, si votre salaire augmente de 1 % mais que le prix des produits augmente de 2 %, alors votre pouvoir d’achat a en réalité… baissé. A l’inverse, si votre salaire ne bouge pas mais si les prix baissent, alors votre pouvoir d’achat a augmenté. Il est donc inexact d’assimiler hausse des salaires à hausse du pouvoir d’achat ; il est également réducteur de se focaliser sur les seules rémunérations nominales et de délaisser la question du niveau général des prix.

Lorsque nos décideurs s’emparent du sujet des prix au nom de la défense du pouvoir d’achat, c’est bien souvent pour proposer de… les bloquer : Ségolène Royal suggérait déjà en 2011 de geler le prix des carburants et de 50 produits de base pour 6 mois ; en 2017, Marine Le Pen dans son programme présidentiel voulait « encadrer » le prix de certains produits alimentaires comme le pain. Mais bloquer les prix est une mesure artificielle, qui ne résout rien : elle consiste simplement à figer le thermomètre pendant un certain temps, sans s’attaquer aux causes réelles qui alimentent l’inflation.

Si nos décideurs politiques entendent s’attaquer à la question du pouvoir d’achat au travers du levier des prix, au moins deux pistes s’ouvrent à eux. Tout d’abord, résister encore et toujours aux sirènes du protectionnisme, qui fait monter les prix et pénalise les plus pauvres. Sait-on par exemple que l’ouverture de la France aux biens de consommation en provenance des pays émergents permet un gain de pouvoir d’achat de 100 à 300 euros par ménage et par mois, selon une étude du Cepii ?

Ensuite, mener des réformes pro-concurrentielles, qui favorisent l’entrée de nouveaux acteurs sur le marché. Sait-on que l’arrivée de Free sur le marché du mobile en 2012 a conduit, selon une estimation d’UFC-Que choisir, à un gain de pouvoir d’achat de l’ordre de 6,8 milliards d’euros sur la seule période 2012/2013 ? En réalité, personne n’en a vraiment conscience : pour le consommateur, une baisse de dépense, grâce à des prix plus bas, est toujours moins visible et parlante qu’une hausse de salaire sur sa fiche de paie. Bref, baisser les prix par la concurrence et le commerce international n’est pas toujours très vendeur politiquement. Mais c’est toujours très efficace et durable.

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