Des livres et des hommes (L’Opinion)

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A la faveur de la loi Macron, l’ouverture dominicale des grands magasins est devenue réalité à Paris. Les opposants à cette évolution y voient le triomphe d’une idéologie consumériste, réduisant le dimanche à l’accumulation de biens. Sans leur donner raison sur ce point – chacun étant libre d’utiliser son temps comme bon lui semble – on peut toutefois relever que le dimanche – et plus généralement le temps libre – pourrait être consacré à des activités moins matérielles, si les infrastructures culturelles publiques étaient davantage ouvertes.

A cet égard, constatons que nos 7100 bibliothèques restent souvent fermées le dimanche, tandis que les horaires en semaine sont peu adaptés aux contraintes d’une vie active moderne. Quelques chiffres pour s’en convaincre : les bibliothèques sont ouvertes en moyenne 40 heures par semaine dans les grandes villes… contre 98 heures à Copenhague, 84 à Amsterdam. Elles ferment le plus souvent à 18 heures A Paris, sur 56 bibliothèques, trois seulement fonctionnent jusqu’à 22 heures ou le dimanche.

Une plus grande amplitude horaire présenterait plusieurs avantages. En zone rurale, elle permettrait de faire des bibliothèques de véritables lieux d’échange, entre tous les âges, autour du livre et de ses déclinaisons (médiathèque, etc.). Dans les banlieues, la bibliothèque peut constituer pour les jeunes dont les conditions de vie à domicile ne sont pas toujours idéales, un lieu propice au travail intellectuel et à la concentration, facteurs clés de réussite dans les études. Pour ceux qui fréquentent déjà les bibliothèques, des horaires plus adaptés changeraient l’usage même de ce lieu, en augmentant par exemple la fréquentation en famille et le temps passé.

Nouveaux publics. En particulier, le dimanche ou en soirée, les parents pourraient accompagner leurs enfants dans la découverte des livres : aller en bibliothèque deviendrait ainsi une activité familiale à part entière, au même titre qu’aller au cinéma ou au restaurant. Mais surtout, alors même que le taux d’inscrits en bibliothèque stagne dans notre pays – autour de 17 % de la population — une plus grande ouverture inciterait de nouveaux publics à fréquenter ces lieux, comme le montrent les expériences étrangères : l’accès à la culture n’est pas seulement question « d’habitus » ; c’est aussi affaire d’horaires.

Les bibliothécaires voient toutefois d’un mauvais œil une mesure qui leur impose des contraintes supplémentaires. Plusieurs solutions sont envisageables, telles que le recours à des étudiants diplômés en soirée ou le dimanche. L’expérience menée au Danemark depuis 2004 mérite aussi d’être examinée : la politique « Open librairies » consiste à ouvrir en nocturne les bibliothèques en accès libre, tandis que les personnels y sont présents en journée. En 2016, on dénombrait pas moins de 260 « bibliothèques ouvertes », dont l’accès est sécurisé au moyen d’une carte individuelle. Les actes de vandalisme restent assez rares, tandis que les bibliothécaires ont joué le jeu, en préparant la venue de nouveaux publics en dehors de leur présence et en misant sur le « coup de pouce » (nudge) : les lecteurs avertis sont invités à aider les nouveaux venus, tandis que l’agencement des lieux a été revu pour favoriser le premier contact. Fort du succès danois, l’Irlande vient d’annoncer l’ouverture de 23 bibliothèques en accès libre après… 22 heures. A quand une expérimentation en France ?

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