Comment sont conçus les sujets ESCP du concours BCE ? (Espace prépas)

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Emmanuel Combe, vice-président de l’Autorité de la concurrence depuis 2012, a enseigné pendant vingt ans à ESCP Europe, tout en menant en parallèle une carrière de professeur à l’Université de Paris-1. Passé par une classe préparatoire littéraire, dont il garde un excellent souvenir, ancien élève de l’ENS (LSH), docteur en économie, agrégé du secondaire (SES) et du supérieur (agrégation de sciences économiques), il est spécialiste de la concurrence et travaille sur des sujets comme la politique antitrust, la lutte contre les cartels ou l’impact des nouveaux modèles économiques comme le low cost.
Auteur d’un manuel d’économie à succès (Précis d’Economie, 15e édition, PUF), Emmanuel Combe enseigne également au collège d’Europe, à Bruges, tient une chronique hebdomadaire pour L’Opinion, publie des notes pour les think-tank FondaPol etGénération Libre. Depuis la rentrée 2017, il est professeur affilié à SKEMA Business School, où il dispense le cours de « grands enjeux économiques contemporains », centré sur l’innovation et l’économie disruptive. Nous l’interrogeons en qualité de concepteur de l’épreuve d’Economie, Sociologie et Histoire (ESH) pour la banque commune d’épreuves ESCP Europe.

Comment devient-on concepteur d’épreuve ?

La directrice de l’ESCP, en 1998, a souhaité confier à Bernard Simler, ancien doyen de l’inspection générale, et moi-même la conception du sujet d’ESH au concours BCE, ainsi que la présidence du jury d’oral (que je n’occupe plus depuis cette année). Depuis 2016, je conçois seul le sujet du concours. C’est un honneur, mais aussi une grande responsabilité, compte tenu du poids de cette épreuve pour les étudiants qui passent le concours. Je remercie la CCIP ainsi que le directeur général d’ESCP Europe de leur soutien et de leur confiance, renouvelées depuis maintenant 20 ans.

Comment s’organise le calendrier d’un concepteur d’épreuve ?

Date clé dans mon agenda : le comité au cours duquel je présente les deux sujets – le sujet principal et celui de secours –, au directeur général d’ESCP Europe, en présence de son équipe et du directeur de la DAC (Direction des Admissions et Concours). Ce rendez-vous, qui revêt des allures de grand oral, est capital : il vise à expliquer le choix du thème, défendre le libellé du sujet et démontrer son articulation et son ancrage dans le programme. Le comité intervient pour me demander des précisions, amender un terme, etc ; c’est sous son autorité que le sujet est adopté.
Plusieurs rendez-vous émaillent la suite de l’année, et notamment une réunion avec l’équipe des correcteurs pour caler les attentes ; une rencontre importante en décembre, sur le campus parisien de l’école, avec les professeurs de classes préparatoires. C’est l’occasion d’écouter leur retour, de dresser un bilan sur l’épreuve écrite et orale de la dernière session du concours.

« Les correcteurs de l’épreuve d’ESH ESCP Europe du concours BCE attendent des candidats qu’ils répondent à la question posée en ayant solidement argumenté. »

Comment choisissez-vous les sujets proposés ?

C’est un exercice qui demande à la fois une grande vigilance et beaucoup de maturation : un sujet ne se fait pas en un jour. Je fonctionne à l’essai : je teste une idée après l’autre, en composant des corrigés pour m’assurer que le sujet est au niveau et en phase avec les attentes du programme des deux années. On me demande souvent quelle place tient l’actualité dans la conception d’un sujet : comme tout économiste et citoyen, je suis évidemment attentif à ce qui se passe dans le monde, mais le sujet n’est pas nécessairement lié à l’actualité. En revanche, je privilégie une formulation du sujet sous la forme d’une question. Cela oblige le candidat à formuler… une réponse.

Qu’attendez-vous des candidats ?

Qu’ils répondent d’abord à la question posée ! Nous n’attendons pas une réponse en particulier, nous attendons une réponse solidement argumentée. Nous n’attendons pas des candidats qu’ils récitent des pans de cours mais qu’ils mobilisent des savoirs et des outils pour élaborer une réponse pertinente. Le candidat que sa note déçoit parce qu’il pense avoir « tout mis » dans sa copie se trompe d’exercice. Il ne s’agit pas de rédiger une encyclopédie, avec une contrainte d’exhaustivité. Aligner des noms d’auteurs appris par cœur, c’est comme aligner des pierres : cela n’a jamais fait une maison ou une architecture. Répondre, c’est toujours sélectionner et hiérarchiser. Le bon candidat, la bonne copie, c’est celle qui parvient à faire partager un raisonnement économique rigoureux et qui répond sans détours à la question posée.

Quoi faire dans les minutes qui suivent la lecture du sujet ?

Prendre son temps pour le relire deux fois, dix fois s’il le faut. S’interroger, repérer les différents termes et travailler chacun d’eux, définir ceux qui ont besoin de l’être. Nous n’attendons pas de définition sortie du dictionnaire, mais quelques phrases simples pour montrer que l’on a compris les enjeux autour d’un terme. Le sujet parle de « chômage » ? Dans votre définition, pensez aux indicateurs, à la manière dont on le mesure. N’oubliez pas le volet descriptif de l’économie, au-delà des controverses théoriques : de quoi parle-t-on exactement lorsque l’on évoque par exemple la « mondialisation » ? comment la mesure-t-on ? la notion a-t-elle évoluée au cours du temps ? etc.

Vous coordonnez également l’équipe de correcteurs de l’épreuve…

Je préside en effet le jury de correction de l’épreuve écrite. Une vingtaine de professeurs très expérimentés, tous professeurs en classes préparatoires, composent l’équipe. Nos travaux communs débutent par une proposition de corrigé destinée à guider l’évaluation des copies. C’est le moment où les correcteurs s’accordent sur les fondamentaux attendus, déterminent les références qui ne peuvent pas être absentes des copies, délimitent le périmètre du sujet, évoquent les « bonnes » réponses possibles, etc. Une fois que ce socle minimum est défini, la DAC nous transmet plusieurs copies tirées au hasard. Nous les évaluons et nous nous mettons d’accord sur leur classement. Je reste ensuite à l’écoute de chacun pendant les travaux de correction. Il m’arrive de donner un avis sur une copie qui pose question, et je peux intervenir entre les deux saisies des notes *. Nous n’hésitons pas à valoriser une très bonne copie en lui attribuant la note maximale, c’est-à-dire 20/20.

Comment bien travailler l’ESH toute l’année et à quelques jours des écrits du concours ?

D’abord, en assistant aux cours des professeurs avec assiduité, bien entendu. La préparation d’un concours n’est pas un sprint : c’est un exercice de fond, qui se gagne sur la durée. En prenant soin de relire régulièrement ses notes, mais aussi de lire les manuels qui ont été conseillés et les grands auteurs, tout en restant très en prise avec l’actualité. Je sais à quel point mener tout cela de front est difficile.
Un point de vigilance, tant pour l’écrit que pour l’oral : les chiffres, les ordres de grandeurs, les références historiques, sont importantes ; l’économie ne se limite pas à la connaissance des différentes théories. Il ne faut pas également opposer la macro et la micro économie : les deux vont de pair. Dernier conseil pour les candidats à quelques jours de l’épreuve : réunissez-vous à deux ou trois camarades, prenez des sujets et brainstormez : parlez, échangez, confrontez vos idées, faites des plans… mais arrêtez d’apprendre ! On n’en finit jamais de « boucher les trous ». Prenez du recul sur vos savoirs, laissez décanter pour faire apparaître l’essentiel et vous détacher de l’accessoire. C’est ainsi que naissent les meilleures copies.

* les notes sont saisies deux fois pour des raisons de sécurité

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