Appelez-moi à nouveau France (L’Opinion)

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Alors que les Français doutent chaque jour des bienfaits de la mondialisation, l’annonce par le chantier naval de Saint-Nazaire de nouvelles commandes de paquebots vient rappeler quelques vérités simples. Ces commandes, passées par des clients étrangers et qui se chiffrent en milliards d’euros, assureront des millions d’heures de travail à des milliers de salariés dans l’Ouest de la France jusqu’en 2026.

Premier enseignement : n’oublions jamais que la mondialisation marche dans les deux sens. On ne peut vouloir vendre des Airbus, des sacs Vuitton ou des paquebots dans le monde entier, et refuser simultanément d’importer, par exemple du textile en provenance des pays émergents. Si la France faisait demain le choix de se protéger, ses partenaires commerciaux riposteraient, en boudant à leur tour nos exportations. Les emplois sauvés grâce au protectionnisme seraient alors compensés par des destructions d’emplois à l’export. Plus encore, nos performances à l’exportation dépendent étroitement de notre capacité à importer des matières premières et composants bon marché. Ainsi, le paquebot « Harmony of the seas », livré il y a deux semaines par le chantier de Saint-Nazaire, a nécessité pas moins de 60 000 tonnes d’acier : taxer demain l’acier chinois ne serait donc pas un bon calcul, puisque le prix de l’acier augmenterait, y compris chez les fournisseurs localisés en Europe, réduisant ainsi la compétitivité… de notre industrie navale.

Fleurons sauvés. Second enseignement : la réussite d’une aventure industrielle n’a pas grand-chose à voir avec la nationalité de l’actionnaire. Peu importe que le chantier de Saint-Nazaire appartienne à STX, groupe… sud-coréen. Ce qui compte, c’est que l’actionnaire crée de la richesse et de l’emploi, parce qu’il a une vision et une ambition pour l’entreprise. Ce qui vaut pour les paquebots vaut pour tous les secteurs : ainsi, le rachat du Club Med en 2015 par le chinois Fosun permettra peut-être de donner un élan international à la célèbre marque de loisirs, sans altérer pour autant son ADN. Dans d’autres pays, l’intervention d’actionnaires étrangers a même parfois permis de sauver du naufrage des fleurons industriels, à l’image de Tata Motors qui a relancé Jaguar au Royaume-Uni. Jaguar n’en reste pas moins une marque britannique.

Dernier enseignement : l’industrie n’est pas condamnée en France, à condition de faire le choix de la montée en gamme. Mais encore faudrait-il que le pays s’en donne les moyens, en misant sur la formation : pas de qualité des produits sans qualification des hommes. Dans la mondialisation, chaque pays doit se battre aves ses meilleurs atouts : il n’est pas plus « déloyal » de miser sur des coûts bas, comme le font certains pays asiatiques, que de tirer parti de son avancée technologique ou de son tour de main. La réussite de Saint-Nazaire démontre une nouvelle fois que la mondialisation à l’envers est possible : loin d’être victimes de l’ouverture, l’ouvrier qualifié, l’artisan et l’ingénieur français des chantiers navals en deviennent les acteurs, en exportant dans le monde l’excellence de nos savoirs et savoir faire. Au point de faire mentir la chanson de Michel Sardou, qui pleurait en 1975 la fin du paquebot « France » : « Ne m’appelez plus jamais France. La France, elle m’a laissée tomber ». En réalité, il se pourrait bien que la mondialisation l’ait ressuscité.

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